Cher public,
Charlène est arrivée à la maison hier soir à minuit passé ! Ce n'est pas très étonnant, elle a toujours fait ce qu'elle voulait, et ça depuis toute petite.
A peine arrivée, elle a fait son petit numéro : et vas-y que je me trimballe en nuisette devant mon Charly, et vas-y que je te fais des petits compliments, que je te minaude, que je parle avec une voix d'enfant, que je ris comme une hystérique... Elle m'épuise. Je la vois venir à trois kilomètres. En plus, c'est vrai, on la voit de loin, elle a un peu forçi.
Evidemment, elle a vidé le frigo, s'est empiffré des restes du gigot du midi et tout en regardant Charly avec son vieux regard salace, elle a sorti "j'adore la viande" avant de rire à nouveau de son rire bien gras, si distingué. Parce qu'il faut pas croire, la fameuse Charlene Lamour est très photogénique, très distinguée au milieu de fourrures (ou de bottes de foin) mais dès qu'elle ouvre la bouche, c'est une catastrophe. Moi j'ai réussi à perdre assez facilement mon accent d'origine et quelques expressions du cru (c'est normal, je suis une grande actrice) mais elle ! C'est simple, à côté d'elle, Jackie Sardou c'est Arielle Dombasle !
Ce matin, je l'ai surprise voulant rentrer à l'improviste pendant que Charly prenait une douche. "Oh mais j'avais pas vu qu'il y avait quelqu'un" Mais oui, mais oui...
De toute façon, je sais très bien pourquoi elle fait ça. D'abord, pour me rendre jalouse. Elle ne m'a jamais pardonnée mon aventure avec Mick qu'elle visait depuis des mois. Pour se consoler, elle a fini dans le lit de Ringo. C'est déjà bien pour elle ! La deuxième raison qui la pousse à vouloir me piquer mon mec, c'est qu'elle a tout de suite compris qu'il était plein aux as ! Ça l'argent, c'est comme les champignons, elle sait toujours où il y en a. Elle ne se trompe jamais ! Faut dire qu'avec le groin qu'elle se trimballe... J'ai vu les bagages avec lesquels elle est venue : c'est sûr, elle n'a plus un kopeck. Son dernier homme marié a dû la virer.
Ah, ça m'attriste de voir cette pauvre fille tourner autour de mon amant. Je comprends un peu mieux le malheur de cette pauvre Madame Poulain. Elle n'a jamais supporté que son Raoul parte avec la boulangère de la rue de Levis. C'est pour ça qu'elle a sombré dans l'alcool. Tiens, je me demande si je vais pas aller descendre la voir pour boire un peu de porto avec elle. Oh non, ça laisserait le champ libre à cette petite intrigante !
Demain, j'ai rendez-vous avec Benjamin, un jeune auteur-compositeur-interprète qui a beaucoup de talent. Il veut à tout prix me produire mon nouvel album !
A très bientôt cher public,
Votre Christine Labelle